28 septembre 2022

Putain de rancœur

J'ai bien trop de hauts le cœur
Nourrissant ma putain de rancœur.
À vouloir vomir toute la noirceur,
Ce qui m'a teint à l'intérieur.

Bien sûr... plus rien ne m'atteint.
C'est pour ça que je me tue au matin
À effacer ces inscriptions en latin
Qui, sur mon sommeil, ont déteint.

Nuits blanches aux idées noires
Grouillantes de trop de cafard.
Installées là en épais brouillard.
Vidées de leur sens à mon instar.

Je veux shooter ce qui me bute
Mais erre parmi vous sans but.
Je le sais, inégale est cette lutte
Et très dure sera la chute.

Depuis longtemps je cache
Tous les maux que je mâche.
Alors au risque d'être trash
C'est de la bile que je crache.

J'entends la tourmente gronder.
Je n'en peux plus de ces ondées.
De pluies acides inondée.
Gouttes de poison venant me sonder.

Écorchée par la traîtrise,
Les ressentiments me détruisent
Mais l'agonie n'est pas de mise.
Ce qui est cru m'exorcise.

Des pans entiers à incendier.
Tant de mal à congédier.
Je dois pouvoir y remédier.
Il n'y a rien de bon à lui dédier.

© Slamity Jane - SACEM

26 septembre 2022

De vous à moi

SE RENCONTRER

De vous à moi
Se sont d'abord des rencontres
Contre lesquelles on s'appuie.

Celles créant d'inaliénables liens,
Dignes des plus fabuleuses fables.
Naissance de partages ineffables
À grands renforts de silences.
Des liens se tissant avec le temps,
Qui nous attachent à l'existence.
Un seul regard suffit, on se lance.

De vous à moi
Ceux passant au compte-gouttes
Remplissent, généreux, notre verre.
Inutiles sont les grandes cérémonies
Aux dons distillés avec parcimonie.
Puis il y a de ces personnes
Dont peu en nous résonne.
Que l'on croise sans suite.
Malgré tout, en pas parallèles
D'eux nous apprenons aussi,
Ils laissent une trace sur la vie.

Êtres avides de complétude,
En attente de leurs moitiés
Ainsi que d'unités amicales ;
C'est dans nos habitudes
D'aller vers l'inconnu.
À cela rien d'anormal.
Le laisser nous mettre à nu.
Ne pas le fuir comme la peste.
Après tout à bas les normes,
Même si à s'être trop déshabillé
Et parfois s'être pris des vestes,
Il nous arrive encore de bafouiller.
En tentative de désinhibition
Et membre de la société
Faire corps avec la réhabilitation.

Encore garder notre âme ouverte
Aux instants de découvertes.
Pour quelques secondes offertes
C'est un monde que nous gagnons,
Le notre que nous enrichissons.

Dès lors je vous dis « à plus tard »,
Si vous plaît le début de l'histoire.
Ou bien peut-être « à jamais » ?
Ou alors « pour la vie »
Après tout qui sait ?

VOUS

Ami(e)s, famille de sang ou de cœur, personnes qui êtes passées par ici et ne repasserez peut-être pas par là, exs, personnes appartenant au passé et celles avec qui on ne s'entend plus, inconnu...
Vous qui êtes si nombreux, avec qui j'ai échangé seulement un sourire ou quelques mots ; partagé un court moment ou les joies et les peines de tant d'années.
Vous, que je ne connais qu'en surface ou dont je sais tout ou presque.
Vous, gigantesque fresque multicolore dont j'aime à percer les mystères.
Vous, tout aux multiples facettes, kaléidoscope de l'univers.
Vous, qui venez à ma rencontre ou que je viens chercher pour que nous soyons compagnons de route.

MOI

Moi, au milieu de Vous. Toute petite, minuscule grain de poussière dans un immense désert, s'abreuvant aux quelques oasis que je trouve. Souvent perdue même si j'ai trouvé ma place, aussi aux côtés de certaines personnes.
Simple humaine sur cette terre, au passage éphémère. À mi-parcours, je l'espère, de ma vie.
Imparfaite essayant toujours de s'améliorer, sensible, fragilisée et pleine de force à la fois.
Tentant de concilier le cœur et l'esprit, de trouver l'équilibre en étant toujours sur le fil, de m'harmoniser au monde.
Moi, qui ne serais rien sans Vous car, à mes yeux, seuls comptent l'amour, l'amitié et le partage.
Artiste qui a adopté les mots pour s'exprimer, comme moyen de communication idéal avec mon prochain, quand souvent les mots justes ne viennent pas à point nommé.

L'AUTRE

L'Autre, dans lequel je me reflète.
Un effet miroir qui me donne forme et parfois me rend floue quand nos images se confondent.
L'Autre et mon choix de ce qu'Il peut me laisser miroiter.
À qui je parviens difficilement à faire face quand il me révèle mes propres défauts.
L'Autre qui peut aussi révéler le meilleur en nous, qui éveille ce qui s'était endormi et crée ce qui aurait pu rester dans le néant.
L'Autre qui attire comme un aimant ou vers qui on ne peut aller car nous n'avons pas le bon pôle.
Un parfait inconnu en qui je crois m'être reconnue, un semblable dans le fond mais différent sur la forme.
L'Autre comme une énigme que l'on tente tant bien que mal de résoudre.

LE TEMPS

Le temps qui file, se défile, pas toujours subtil.
Qui unit ou désunit au gré de ses humeurs. En tissant notre fil, il crée des liens fusionnels et d'autres moins solides.
Toujours témoin de nos moments partagés, il accélère ou ralentit selon le rythme de nos cœurs.
Le temps confirme certains pactes et retranscrit tous nos actes.
De nos mémoires, il efface les détails sans intérêt et en souligne d'autres comme autant de ponctuations qui nous rendent vivants ; grave dans le marbre tout ce qui résiste à son passage.
C'est un sculpteur talentueux. Il nous façonne, êtres d'argile, selon ses envies.
C'est un vieux sage qui nous transmet ses savoirs, magicien transformant ce qu'on lui donne tantôt en or, tantôt en fer rouillé.
Il est parfois notre pire ennemi mais nous devons en faire un ami, un allié, afin de concilier au mieux le passé, le présent et le futur.

L'AMITIÉ

Ami(e), toi à qui je me confie,
Ensemble nous relevons tous les défis.
Notre lien est si sacré.
Nous cultivons notre jardin secret
Envers et contre tout, à travers les saisons.
Tu parviens toujours à me faire entendre raison.
Nous aurions pu être frère et sœur,
Tellement sont semblables nos cœurs.
Nous nous sommes trouvés dans la masse.
Si parfois de longs mois passent,
Sans même que nous nous parlions,
Ce n'est pas pour autant que nous nous oublions.
Nous chassons les trublions
Qui tentent d'entacher notre relation.
Rien ne vient troubler notre harmonie,
Surtout pas quelques fausses notes
Égarées au sein de nos grandes symphonies.
Chez toi rien ne dénote.
Tout le temps heureux de se voir,
Pas besoin de grandes cérémonies,
De démonstrations ostentatoires.
Il n'y aura pas de fin à notre histoire
Sinon d'amitié elle ne porterait pas le nom.

SÉPARATIONS

Lorsque nous n'avons plus rien à nous offrir,
Que devoir donner nous fait souffrir.
Qu'ensemble, plus s'accroît la distance
Plus la fatigue nous use avec constance.
Alors nos routes doivent se séparer
Avant qu'il n'y ait plus rien à réparer.
C'est un crève-cœur de se dire adieu,
De mettre fin à une vie à deux
Mais il faut se rendre à l'évidence :
Nous n'avons pas la même cadence.
Il est inutile de se saborder
Quand il est impossible de s'accorder
Et il est essentiel que l'on avance.
Le passé a bel et bien fait son temps,
C'est dorénavant le futur qui nous attend.

SOLITUDE

J'ai subi la solitude.
Le vide qui peuple l'être.
La voix seule qui raisonne.
Les questions sans écho.
Le besoin d'une présence,
Comme réponse : l'absence.
Jusqu'à ce que me manque même vos silences

Et...

J'ai apprivoisé la solitude.
Le plein qui envahit.
Plongée en apnée dans l'esprit.
Retour vital à son essence
Afin de mieux se retrouver.
Contemplation calme du monde.
Enfin la bonne longueur d'onde.

AMOUR / HAINE

L'amour ou quand règne l'entente.
Une bonne dose d'affection, une pincée de tendresse et d'écoute, un soupçon d'humour assaisonné d'ironie, un mélange de rire et de larmes, un zeste de souvenirs sucrés / salés qu'il est si bon de se remémorer ; toujours de quoi épicer le quotidien.
C'est l'Art des gourmets, un festin que l'on prend plaisir à savourer ensemble autant de fois qu'on le veut.

Puis...
Plus rien n'alimente la relation. La douceur tourne à l'aigreur.
Plus envie de toucher à ce qui, avant, éveillait nos papilles.
Des éclats de voix, dans la bouche le goût amer des regrets, l'estomac retourné par des faits avariés. Impossible de mettre de l'eau dans son vin, un virulent poison se dilue dans des propos crus et acides. Il y a de l'huile sur le feu. Les carottes sont cuites, tout est cramé. Au menu il n'y a plus que de la haine.

Beaucoup d'amour pour un gramme de haine, ainsi est la recette humaine.

LES ÊTRES MARQUANTS

Ils sont souvent entrés sur la pointe des pieds, discrets mais déjà remarqués.
Ils ont pris peu à peu une place importante.
Il n'y a pas de hasard, nous étions voués à faire un bout de chemin ensemble. Une rencontre évidente avec ceux qui donnent un sens à tout.
Ceux et celles qui n'ont pas besoin de panneaux de signalisation pour connaître la marche à suivre.
Des êtres comme des phares sur mon chemin de Vie, qui ont suivi même quand j'ai dévié.
Ils m'ont montré d'autres voies, m'ont indiqué l'essentiel quand j'allais passer à côté, à force de foncer tête baissée et ils m'ont appris à ouvrir les yeux sur des obstacles éloignés.
Je conserve précieusement leurs empreintes indélébiles au sein de mon existence fragile.
Des alter ego se trouvent partout en ce vaste monde. J'aime à les dénicher, comme autant de trésors précieux à conserver pour illuminer les jours.

GAIN OU PERTE

Pourquoi quand on joue cartes sur table, ça vire parfois au tournoi de poker, où le gain compte plus que la donne ?
Pourquoi chercher à mater l'autre, dans des parties d'échec permanentes ? Le fou n'y trouve plus sa place, le roi perd la tête, la reine n'a plus le cœur à rien, le pion a touché le fond et tout le monde devient trop cavalier.
Le partenaire d'un jour devient adversaire permanent. Calculateur au cœur froid, il a la tête qui bouillonne afin d'avoir toujours un coup d'avance.
Pour rester maîtres du jeu, beaucoup ne dévoilent pas leur main ; et pour ne pas se retrouver au tapis cachent la poussière dessous. C'est pourtant une certitude, les gagnants d'aujourd'hui seront les perdants de demain.
Les vrais as, les véritables vainqueurs, sont ceux qui créent leur chance tout en en laissant une à la personne d'en face. Ceux qui n'étaient pas partis gagnants, loin de là et qui ont finalement bien mérité leur réussite.
Face aux tricheurs, menteurs et vaniteux, la seule garantie de gains est de bien choisir les personnes avec qui nous engageons une partie.

LA PAROLE

La parole naturelle, sans fard et dénuée de tenue d'apparat. Les mots se font fleuve clair auquel il est si agréable de s'abreuver, ses rives accueillent nos riches partages. Celle qui couvre la distance qui nous sépare.
La parole multiple, même s'il vaut mieux n'en avoir qu'une. Unique chose que l'on ne peut pas vraiment reprendre après l'avoir donnée. La parole qui parfois peine à s'installer. Bavarde contrainte par les sens uniques et les propos équivoques, dérangée par trop de règles.
Les paroles travesties pour ne pas dévoiler les désagréables vérités, aussi quand de bouche à oreille celles d'origine sont déformées. Un labyrinthe à plusieurs issues dans lequel il est aisé de se perdre à cause des quiproquos, des interprétations propres à chacun ; des malentendus lorsque l'écoute ne permet pas toujours d'entendre.
Celle qui libère, clé universelle, car trop de non dits nous étouffent lentement. Ils deviennent un hurlement intérieur qui ne demande plus qu'à exploser.
Celle évocatrice de ce que nous sommes vraiment, qui provoque volontairement réflexion, compassion ou révolte ; et aussi dont on peut se servir comme d'une arme : usage d'insultes et moqueries qui font l'effet de bombes.
Celles qui blessent, celles qui rassurent. Celles que l'on murmure, celles que l'on crie. Celles que l'on retient telle une charmante ritournelle, celles que l'on s'empresse d'oublier.
Elle a toujours de la valeur, proportionnelle à celle qu'on lui accorde, qu'elle soit communiquée d'une voix timide ou incisive. Elle peut aussi bien créer des barrières que des ponts, entre celui qui la diffuse et celui qui la reçoit ; à nous de savoir quel genre de bâtisseurs nous souhaitons être.

© Slamity Jane - SACEM

06 septembre 2022

La rue des pas perdus

Une âme errante, hante
La rue des pas perdus.
Sans cœur et sans raison
À contre courant des saisons.
Morte d'avoir voulu être forte.
La vie a déserté les lieux un été.
Là dans l'obscurité
De la rue des pas perdus,
Aveugle, elle s'égare.
Devant ses yeux, un épais brouillard
occulte les cieux.
L'œil hagard, elle se perd de vue ;
Invisible aux gens qui passent
Elle réside dans cette impasse.

Dans la rue des pas perdus
Ruissellent des larmes amères,
Des crève-cœur, des chimères.
Des espoirs suspendus.
Dans la rue des pas perdus
Des réverbères sans lumière
Guettent les allées et venues
d'une âme qui erre.

De la renaissance au trépas,
il n'y a qu'un pas
Qui la mène au pied du mur.
Où il n'y a plus que l'agonie des blessures.
Tout sort, plus rien ne rentre
L'épée de Damoclès s'enfonce dans son ventre.
Un vide abyssal engloutit tout petit à petit
Plus de buts, que des contresens,
Du poison dans l'essence.
Si vaine est la lutte
Lorsqu'on est promis à la chute.

Dans la rue des pas perdus
Ruissellent des larmes amères,
Des crève-cœur, des chimères.
Des espoirs suspendus.
Dans la rue des pas perdus
Des réverbères sans lumière
Guettent les allées et venues
d'une âme qui erre.

Dans la rue des pas perdus
Il y a une ombre
Divaguant dans les décombres.
Elle traîne éperdue.
La valse du néant
L'entraîne et l'attire.
Impossible de partir.
Tout passe, le destin mécréant
Chasse les pas incertains.
Dans l'impasse du chagrin,
Un pied dans l'abîme,
La danse du chaos l'anime.

© Slamity Jane - SACEM

17 août 2022

En poésie

Habiter en poésie
C'est faire chanter le silence
En harmonie avec son âme,
Écouter ce que dictent ses sens.

C'est semer de la fantaisie
Dans un univers terne.
Gratter la rouille,
La poussière du temps
Depuis longtemps déposées
Sur nos cœurs en berne.
S'accorder une trêve.
Suspendre l'instant
À l'étoile de nos rêves.
Surprendre le lecteur
À des endroits qu'il ne connaissait pas.
. C'est s'inscrire dans la marge.
Semer quelques messages
Le long de son passage.
C'est laisser sa muse s'exprimer
Au nom de tous les opprimés.
Écrire partout, sur les murs,
S'accorder au passé, présent et futur.
Aussi savoir tourner la page,
Lire à travers les ratures.

S'inspirer de la nature,
Couper l'herbe sous le pied
De ceux qui la souille.
Sentir couler en soi la sève
Des mots à la force vitale,
L'énergie qui nous sied.
Une écriture végétale.
Chaque ondée d'inspiration,
Chaque nouvelle respiration,
Fait germer la beauté
Partout où passe la plume.

De la joie à l'amertume,
En passant par l'amour et la cruauté,
Les poètes ravivent la flamme
Aux bois dont ils se chauffent.
Debout au sein d'une foule
Qui sous les mauvais vents croule,
Ils bousculent et apostrophent,
Avec des mots plein de douceur
Ou tranchants comme une lame.
Ils expriment leur ardeur,
Ce jusqu'à pas d'heure.

Habiter en poésie
C'est redonner de la splendeur
À tout ce qui fane.
Un frisson parcourt la feuille,
Transporte celui qui l'accueille.

Compter, ou pas, ses pieds
Quand seule compte la mesure
De nos émotions émerveillées.
Battre le fer tant qu'il est chaud.
Condamner la violence
Par la justesse de ses sentences.
Faire usage du faux
Seulement pour mieux révéler le vrai.
Le moment de se mettre à nu est venu
Alors on abandonne l'armure.
Tout est bon pour se délivrer,
Du cri de colère aux murmures.

Être poète
C'est être habité par la poésie.
Lui laisser la clé de notre esprit
Lorsqu'elle nous a choisi.
Ne pas croire au hasard.
C'est faire de ce noble art
Un passe-temps de prédilection.
C'est trouver des mots de collection,
De véritables trésors,
Fouillant dans de grands paniers
Dans de vieux greniers.
Leur faire prendre la lumière,
Là, couchés sur le papier.
C'est être chercheur d'or,
Attendant la fameuse pépite
Faisant de nous un être riche.
Elle sera la raison de sa quête.
Accueillir en soi ce qui palpite
Au sein vivant de l'univers.
C'est mener l'enquête
Épris d'inédit et de faits divers.
C'est, pour celui qui s'endort,
Voir ses songes éclore
Sur des feuilles immaculées.
En effeuiller les pétales
Pour atteindre le cœur.
C'est se libérer de ses peurs,
Exorciser tous les démons,
Oublier leurs sermons.
C'est être un miraculé.
C'est faire naître le sens
De l'insondable néant.
C'est être sur son séant,
À la fois si présent et absent,
Et voir son âme s'envoler.
La poésie est l'essence.
La source de toute chose.

Vivre de poésie,
C'est choisir le chemin le plus beau,
Aspirer à monter toujours plus haut.
Peindre la vie toujours plus rose.
C'est raconter son histoire,
Y ajouter des enluminures.
La croiser avec celle de son prochain,
Tel on le prendrait par la main.
Mêlée à celle en lettre majuscule,
C'est la graver pour l'éternité,
Lui accorder de la légitimité.

C'est notre chance de laisser une trace
Lorsque la faux menace la vie fugace.
Poésie en offrande sur le divin autel.
Se saisir de la magie à portée de main
Du commun des mortels.

© Slamity Jane - SACEM

14 août 2022

Tenir ou courir

La question est : vaut-il mieux courir que tenir ?
Ou bien tenir que courir ?

Il y a une pensée sur laquelle les gens jamais ne se trompent :
Pour marcher droit, il faut être à l'aise dans ses pompes.

Je veux à tous prix me dégoter une vie à ma taille.
Avancer sur ce terrain miné quitte à me trouver sur la paille.
Mal aux pieds ou pas, je ferai face à des pointures.
Pas à pas, je ferai reluire et casserai mes chaussures.

J'me retourne, les rêves piétinés sont sur mes talons
Mais le rétro reflète que le chemin est encore assez long.
C'est pourquoi, je préfère croquer la vie que laisser la mort venir,
Garder avec coffre pour le futur ces kilomètres qui m'ont vu partir.

J'vais pas prendre exemple et marcher sur les pieds des autres.
J'veux tracer ma route, de mes idées me faire l'apôtre.
Un acquis n'est pas résultat d'un rendu, j'me suis pas perdue.
Les faux pas font les grandes avancées et le but tant attendu.

La distance ça use les souliers, sereinement j'en fais la somme.
La douleur, une pierre sur la voie de l'existentiel dogme.

Vois, je suis habile et en aucun cas je crains la déroute.
Les empreintes, témoins du passé, sont entachées de doutes.
Mais celles à venir, cheminant entre rires et soupirs,
Me verront voyager vers les destinations auxquelles j'aspire.

Mon moteur jamais ne s'essouffle et mon essence n'a pas de prix.
Même à bout de force il n'y a pas de limites à la volonté de l'esprit.

Alors entre tenir ou courir, j'ai pas mis longtemps à choisir.
J'ai pris comme bagages souvenirs et désirs.
Posée sur un banc, j'ai suspendu le temps pour réfléchir.
Puis l'autoroute de la vie m'a permis de me remettre en selle,
D'user sur d'inhabituels territoires mes insouciantes semelles.

Alors, au final, dis moi : vaut-il mieux courir que tenir ?
Ou bien tenir que courir ?

Après cette expédition terre à terre, calmée dans mes pantoufles,
J'prends conscience que l'existence est une bien étrange balade
Qui nous trimballe d'une nature calme à d'insidieuses barricades.

Alors le constat que je maintiendrai jusqu'au dernier souffle
Est qu'en fin de compte il vaut mieux tenir que courir.
En fin de compte, plutôt tenir que courir.

© Slamity Jane - SACEM

11 août 2022

L'antidote

La consternation me frôle.
Je constate chez l'Homme
De drôles syndromes
D'une maladie traître,
Établie de longue date.
Qui mène l'humain
À être prit par la main
Pour savoir qui être.
Vois, son spectre plane
Et glane les gens perdus.
Pendus à leurs incertitudes.
Elle leur donne la latitude,
Leur dicte leurs attitudes
Quelles sont leurs habitudes.
Dès le départ, pas immunisés.
En phase finale, déshumanisés.

Il est si morne
D'être dans les normes.
Dépasser les bornes
Partout imposées.
Réparer le mal causé.
Ne point être conforme
Ni dans le fond
Ni dans la forme.
C'est vraiment si bon.
Se moquer de sa cote.
Injecter l'antidote.

Des milliards d'individus
À la quête assidue
De ce qu'ils sont.
Certains mordent à l'hameçon
De l'uniformisation insigne
D'une société indigne
De leurs diversités.
D'autres bravent ce cyclone,
Assument leur personnalité.
À l'opposé de ces clones
Aux identités identiques.
Résultats synthétiques.
Ils ont l'esprit fantasque
Passant pour marginaux
Car osent être originaux.
Au sommet de leurs frasques
Ils ôtent leurs masques.
À l'aisance affichée
C'est sans clichés
Qu'on ne peut les ficher.

Il est si morne
D'être dans les normes.
Dépasser les bornes
Partout imposées.
Réparer le mal causé.
Ne point être conforme
Ni dans le fond
Ni dans la forme.
C'est vraiment si bon.
Se moquer de sa cote.
Injecter l'antidote.

Plus de propagande
De marchands de tapis
Qui été tapie partout,
Génératrice de pâles copies.
Vues comme des atouts,
Différences en offrandes
À tous leurs semblables.
Divergences familières.
Une fraternité probable.
Unité à part entière
Au sein de la fourmilière.
Une par une les doctrines
Tombent au puits des origines.
À l'union arc-en-ciel des peaux.
L'authenticité pour drapeau.
Que jamais les goûts variés
Ne se versent dans ce tout-à-l'égoût.
Ne servent ce ramassis avarié.

Il est si morne
D'être dans les normes.
Dépasser les bornes
Partout imposées.
Réparer le mal causé.
Ne point être conforme
Ni dans le fond
Ni dans la forme.
C'est vraiment si bon.
Se moquer de sa cote.
Injecter l'antidote.

Pas question de se laisser lissé.
Les parjures, les faire glisser
Ainsi que leur kyrielle
De grossières injures.
Chacun avec ses aspérités
Sur cette toile plurielle
A sa touche à apporter.
Pas sages comme des images
Car animés par la liberté.
Jamais ne se défilent
Les pantins affranchis des fils.
Là, la piste se dessine
Ils déposent leurs empreintes
Pour ceux qui l'emprunte.
Tous y chemine,
Nul besoin d'un permis.
Ceux qui ne se sont pas compromis
On tout à y gagner, promis.

08 août 2022

Myosotis

Je sème des pétales de myosotis
Sur la route où l'oubli s'immisce.
Lasse, je perds mes repères.
Les gens qui m'aiment tissent
Des instants aux instincts éphémères.
Je ne me rappelle plus d'où je viens.
Le chemin qu'il me reste s'écourte.
Mon nom, c'est à peine si je m'en souviens.
C'est fou ce que j'ai la mémoire courte.
Qui est cette personne dans la glace ?
Inexorablement le passé s'efface
Et ne laisse derrière lui aucune trace.

Ne m'oubliez pas,
Vous êtes ma mémoire.
La fleur de l'âge
Est un naufrage
Fait de trous noirs.
Ne m'oubliez pas
Vous conterez mon histoire.

Les années ont vu les souvenirs se faner,
Aux oubliettes ce que j'ai glané.
Je ne sais plus ce que j'ai bâti,
Combien d'êtres chers sont partis.
Abatis de songes flous,
Nature morte d'émois,
Mon esprit s'amenuise à quelques mois.
Devenue étrangère à moi même,
Vous m'évoquez ce que j'étais autrefois.
Semblant briser le terrible anathème,
Des bribes de vie parfois reviennent
Quand vos mains tiennent la mienne.
Alors heureuse je me remémore
Ce qui en moi sommeille,
Comme au sortir d'une longue veille.
C'est grâce à vous que j'existe encore.

Ne m'oubliez pas,
Vous êtes ma mémoire.
La fleur de l'âge
Est un naufrage
Fait de trous noirs.
Ne m'oubliez pas
Vous conterez mon histoire.

Mon front est ridé par l'amnésie.
Vos sourires réchauffent les hivers
Frileux de ma vieillesse transie.
Un peu de bonheur et d'ambroisie,
Là où la mélancolie du crépuscule
Teinte de bleu les aubes d'antan.
Vous qui surveillez la pendule,
Si vous voyez des myosotis fleurir
Rappelez vous qu'il faut chérir
Chaque moment offert
Avant que ne les emportent le temps.

© Slamity Jane - SACEM