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07 avril 2024

Capharnaüm

Dans ma tête c'est le bazar.
Elle veut tout planifier,
ne rien laisser au hasard.
Elle est trop sûre d'elle.
Face à l'imprévu,
elle est horrifiée
et c'est de nouveau le bordel.
Dans le labyrinthe de mes pensées bizarres
souvent je me perds.
Des souvenirs à moitié effacés
côtoient ceux que j'ai inventés,
ainsi que ceux qui prennent tout l'espace.
Je commets d'injustifiables impairs
envers mes différentes personnalités
puis reste plantée là, dubitative,
à me demander ce qui m'arrive,
qui est devant ma glace,
celle qui a pris ma place.
Des bribes de mémoire se baladent de-ci de-là,
pièces d'un puzzle ne pouvant être assemblées.
Je dois être fêlée de la cafetière.
Là dedans ça infuse.
Des envies, en nombre, se diffusent.
Je nage dans la confusion la plus totale.
Je ne maîtrise plus la situation.
Si je te parle, attention,
je crains que mon cerveau ne prenne le contrôle,
bien trop certain de l'importance de son rôle.

Dans mon coeur, c'est la même.
C'est bien ça le dilemme.
Les sentiments se mélangent
créant une mosaïque bien étrange,
que moi-même je peine à discerner.
Il souhaite se sentir vivant
mais zigzague quand on veut le cerner.
Ainsi, contre les humeurs du vent,
se moquant du blizzard et de l'alizé,
même lorsque la balle est dans son camp,
il vise des buts mouvants.
Ses pulsations sont désordonnées.
La tachycardie n'est pas loin.
S'il veut qu'on prenne soin
de le protéger, d'écouter ses attentes,
il doit apprendre à pardonner.
Mais encore il se lamente,
agité par d'anciennes tourmentes.
Lorsqu'il se laisse enfin aller,
plus rien ne peut le raisonner.

Entre les deux s'engagent des dialogues improbables.
Les sujets de conflits sont infinis.
Puis, pour conclure, chacun traite l'autre de zinzin.
De leur état me tiennent pour responsable.

Moi, avec toute cette zizanie
j'en perds littéralement mon latin.
À mon insu, à tue-tête ils zinzinulent
et finalement ne font que ce qui leur chante.
Le plus drôle c'est qu'avec leurs histoires
c'est moi qui suis ridicule.
Bon allez, il se fait tard.
J'ai la gueule de bois des fêtards.
Ces deux-là m'ont saoulée
à ne pas trouver de terrain d'entente.
Il est temps de remettre de l'ordre.
C'est l'heure de la détente.
Je ne veux plus les entendre se disputer.
Je suis trop fatiguée pour discuter
après toutes ces nuits blanches
qu'ils m'ont fait passer sur la planche.
Je cesse maintenant de les écouter
car s'élève déjà le brouhaha
d'une foule de promesses
d'un quotidien mieux rangé.
Que ça leur plaise ou pas,
de côté je les laisse.
Je prends la relève,
je signe la trêve.

© Slamity Jane - SACEM

02 novembre 2022

Mélopée et Sérénades

Illustration : lithographie "Mélopée" de Jean Miotte


MÉLOPÉE

Les sérénades d'antan
Résonnent dans le vide
Des nuits blanches,
Se dissipent sous l'œil
De la lune livide.
Elles sonnent le glas
Des amours mortes.
Le silence escorte
Les anciens amants
Au seuil du crépuscule.
Funambules fébriles
Sur les lignes d'une portée
Où les notes volubiles
Se sont envolées.

De l'amour dévêtues,
Les charmantes aubades
À jamais se sont tues
Au temps de l'adieu,
Des aurores maussades.
Les jours mélodieux
Sont souvenirs vaporeux.
Prolixe chez les heureux,
Muette est la paix.
De nostalgiques mélopées
Planent sur les solitaires.
Condamnés dépositaires
Des accords intimistes
De noces utopistes.

© Slamity Jane - SACEM

Poème inspiré de mon texte pour la chanson "Sérénades"

SÉRÉNADES

Enfants de bohème
D'affinités est leur chanson
Qu'ils entonnent à l'unisson.
C'est peu dire qu'ils s'aiment.
Il n'y a aucun bémol
À ce qui rend folle l'âme.
Crochés à la clé de sol,
Du temps à leurs gammes.
Pas de fanfares audibles
Au sein des symphonies.
À leurs notes sensibles
Ils mêlent leurs mélodies.

De sérénades en aubades
Aux battements de cœurs
Qui marquent la chamade.
Sans plus de heurts
À corps perdus démesurés
De s'être dorénavant trouvés.


Ils donnent la mesure,
Cadencent les secondes.
La même longueur d'ondes
Sans cesse les rassurent.
Autrefois élèves de solfège
En parfaits solistes
Mais depuis le sortilège
Les a lancé sur la piste.
Toujours avec coffre
Au diapason ils s'offrent.
Sous l'effet de l'osmose
En duo ils se composent.

REFRAIN

Au sein de leurs silences
Ils se font encore échos.
Leur filtre d'amour
Tue la cacophonie des jours.
Se frôlent leurs bouches.
Jamais sur la touche,
Le son des soupirs
En un souffle vient mourir.
Accords majeurs à leur portée.
Ils abandonnent l'armure.
Elle dévoile son échancrure,
Lui ses enchantements enjoués.

REFRAIN

D'inspiration en aspirations
Une unique partition.
Pas de contours à la présence
En raison de la résonance.
Rompue la solitude
De graves en trémolos.
En glissendo ou legato,
La passion en prélude.
Ils interprètent en ostinato
Une parfaite harmonie.
Outrepassant la théorie
À leurs propres tempos.

À corps perdus démesurés
De s'être dorénavant trouvés.
Sans plus de heurts
Aux battements de cœurs
Qui marquent la chamade
De sérénades en aubades.


© Slamity Jane - SACEM

30 octobre 2022

Épreuves

Je me suis très tôt résignée.
Rien ne me sera épargné.
Je dois faire mes preuves
Face aux nouvelles épreuves.

Nombreux, les points de suture
Témoignent des blessures.
Tromperies et trahisons,
Insatiables plantes carnivores,
Ornent à foison
Mon cimetière intérieur.
Énergivores, elles dévorent
Les rêves les plus appétissants.

Je n'écoute pas les parieurs,
Mettant à feu et à sang
Les croyances des innocents
Et me donnant perdante.
Mon envie de me battre
Est toujours aussi ardente.

De la résilience éperdue,
Je n'ai pas besoin de pâtres
- De ceux qui m'ont perdue -
Pour me guider sur la voie
Qui m'est destinée.
Depuis ma naissance, je la vois,
Brouillonne, se dessiner.

Quand tout autour s'effondre,
Je me sers de chaque pierre
Pour consolider mon univers.
Sans être sans cesse jugée,
Je veux pouvoir être fière
De mes réussites,
Loin de la jalousie qu'elles suscitent.
Peu importe les préjugés.
À l'abri dans ma citadelle,
Je suis encore debout,
Je brûle la chandelle
Par les deux bouts.

Certains m'ont maudits.
Je veux être présente
Pour ceux qui me sollicitent,
Sans envie de m'empoisonner
Dès que j'ai le dos tourné.
Des êtres chers m'ont dit
Qu'il faut que je pense à moi.
C'est vrai, il n'y a rien d'illicite
À préserver ses émois.
Sevrée des rancœurs,
J'ai blindé mon cœur,
Protégé les sentiments
Pour vivre intensément.

Le temps m'est compté.
La maladie a soufflé ce message
Dans la fleur de l'âge.
Le courage m'a domptée.
Plus une seconde à perdre
Avec ce qui peut m'éperdre.
Au Carpe Diem je me suis convertie.
Depuis je redouble d'appétit,
Je tente de ne rien regretter.
Je collectionne les plaisirs.
N'étant pas une actrice tragique,
À l'encre de mes purs désirs,
Tous les jours je m'applique
À écrire un scénario magique.

"Qui ne tente rien, n'a rien",
Je fais mien ce dicton
Afin de donner le ton,
De l'éphémère dénoué le lien.
À l'issue de l'histoire
Je sais que j'aurai profité
De tout ce qui permet de croire
En une existence moins cruelle.
La trame réaliste sera triste
Mais surtout emplie de beauté.

© Slamity Jane - SACEM

27 octobre 2022

La mélodie du bonheur

La mélodie du bonheur
Que l'on fredonne
La vie a les couleurs
Qu'on lui donne

Dans notre tête résonne
La plus belle des odes.
Entêtante et légère,
Le silence d'hier elle érode.
Sur une étagère
De notre mémoire,
Elle siffle du matin au soir.
Elle berce lorsque l'on incante
Des demains qui chantent.
L'espoir nous enchante.
L'harmonie est dans l'air.
Universelle et solaire.
Elle s'envole aussi haut
Que le chant des oiseaux,
Gloire à la grâce du Beau.

La mélodie du bonheur
Que l'on fredonne
La vie a les couleurs
Qu'on lui donne

Cette mélodie est un baume
Sur les fêlures de l'Homme.
Toujours elle le satisfait.
Elle unit à l'univers
Dans un accord parfait
Et assourdit les revers.
Rien n'est impossible
À qui sait l'entendre.
Si tu te sens invincible
Chante la sans attendre,
À tue-tête et sans frein.
La mélodie du bonheur
Fait disparaître les heures.
Enivre toi de cet air.
C'est un agréable refrain
Qui a tout pour plaire.

La mélodie du bonheur
Que l'on fredonne
La vie a les couleurs
Qu'on lui donne

© Slamity Jane - SACEM